Génération Tao - Invitation au rire… - Articles

Génération Tao, la référence des Arts Energétiques. Cours, stages, articles, vidéos de Taichi, Qi Gong, Arts Martiaux, Pratiques de santé, écologie corporelle. Le must de la culture alternative yin-yang !
Partagez notre site Retrouvez-nous   | More

Articles » Invitation au rire…

Invitation au rire…

Le rire et l’humour sous toutes leurs formes, et au travers de toutes leurs manifestations, placés sous le regard de l’anthropologue. Du masque figé de l’adulte au sourire éveillé du Bouddha…

Le rire n’est pas un automatisme inscrit une fois pour toutes dans la nature de l’homme et assuré de se déployer quelles qu’en soient les circonstances. Ni réflexe, ni décision volontaire, il est parfois de politesse ou de circonstance, mais il est en principe un jaillissement donnant chair à un jeu de l’esprit. Parfois même, il déborde le contrôle de l’individu impuissant à mettre un terme à son hilarité, ainsi du fou-rire qui se déclenche inopinément lors de situations de tensions personnelles et d’interdits de rire. Des usages sociaux en régissent l’apparition et le degré, même s’ils sont toujours ressaisis en termes personnels.

Les multiples facettes du rire
Le rire est pluriel, il s’enracine dans la joie pure, la bonne humeur (le bon humour) mais aussi la détresse, le mépris, le sentiment de supériorité, l’incongruité, la haine, la peur, la raillerie, la surprise, l’embarras, la politesse, la soumission, l’incrédulité, le dédain, le défi, la volonté de sauver les apparences ou de mettre à distance une émotion, etc. La disparition d’une contrainte suffit à le provoquer. Il est parfois un comportement de façade pour dissimuler une gêne ou une contrariété. Il surgit aussi de la narration du pire, un écho lointain de la tension alors ressentie ou d’une culpabilité affleurant soudain. Le souvenir d’avoir côtoyé la mort et de s’en être malgré tout sorti. Dans d’autres usages culturels, il accompagne des rites funéraires, des rites de passage, des cérémonies religieuses, etc.

Le rire, lien social
Maintes formes du rire célèbrent le lien social sous la forme d’un bon mot, d’une histoire drôle, d’une allusion salace, etc. Le rire est une quête de connivence, un échange de plaisir fondé sur le don d’un rien entre soi et l’autre. L’humour et le rire dessinent une forme élémentaire du lien social. Ils incarnent une forme ludique de ritualisation du désordre, de l’incontrôlé, de l’insensé. De manière générale, le rire est un adoucisseur de contact, il assure le fonctionnement apaisé de la rencontre en la plaçant d’emblée sur un terrain propice, ou bien il dissipe le trouble ou le malentendu en affichant le signe de la bonne volonté, de l’accommodement. Les sources du rire ne sont pas toujours à chercher du côté du risible, elles sont en tous cas toujours du côté du rieur.

La pire ou la meilleure des choses
Il est une liberté prise avec l’ordre du monde, un chaos provisoire mis en scène pour provoquer la détente. Il marque une distance critique, active, envers le monde, une forme subtile pour le peser et le penser. En brisant leur évidence première, il fait jaillir les faits à une autre signification inattendue et juste. Le devoir de qui aime les hommes est peut-être de faire rire de la vérité, faire rire la vérité, car l’unique vérité est d’apprendre à nous libérer de la passion insensée pour la vérité dit Guillaume dans Le nom de la rose. Le rire est alors prélude à une connaissance. Il est pénétration du monde en soi, mise à distance ludique, dissolution de la résistance. Il suscite un mi-rire venant en écho d’un mi-dire. C’est le rieur souvent qui est son propre objet. L’humour, l’ironie, la parodie, la satire, etc. sont des exercices de lucidité, la volonté de jeter le doute sur des comportements, des valeurs, des discours qui ne sont pas tout à fait ce qu’ils paraissent être. C’est une manière de dire par le rire une parole autrement impossible. L’humour est alors un jeu avec la censure sociale.
Pourtant la pédagogie de l’humour ne va pas sans une pédagogie du sérieux, elle apprend sans doute d’abord à être responsable d’autrui autant que de soi, et elle n’est pas sans enseigner aussi à se méfier du rire qui peut être le pire ou la meilleure des choses. Le Christ ne rit ou ne sourit jamais, ni le Dieu du judaïsme ou de l’Islam. En Inde, au Sri Lanka, au Tibet, le Bouddha sourit et ailleurs en Asie il rit à gorge déployée. Le sourire du Bouddha est un rayonnement de présence, une tranquille certitude que le chemin du salut est en soi. Il marque l’assurance heureuse de l’homme qui acquiesce selon sa voie à la contingence du monde. Le rire des simples est un appel tranquille à la jouissance du monde, et de cet instant miraculeux où les visages se croisent et se reconnaissent. Le fait d’exister mérite en effet au moins un signe de reconnaissance sans raison car il y aurait justement trop de raisons à évoquer. Ce sont aussi des visages qui mettent au monde et rappellent inlassablement que la signification des choses n’existe que dans le regard de l’homme.

Infos

Nb de pages : 1
Parution : 04 avr 2007

Acheter

Archiver

Ajouter à la taothèque

Détails

Extrait du mag :
Génération Tao 24

Auteur(s) :
David Le Breton

Mots-clefs
Culture & Société , Asie, Europe , Philosophie , Bouddhisme, Emotion

Difficulté de lecture
Facile

Partager

Faire connaître cet article
Ajouter un commentaire

Mentions légales - Conditions générales de vente - Copyright © 2007 Réalisation : Génération Tao et codesign

Fonctions...

Club Tao | Mon compte | Ma Taothèque | Panier | RSS | Aide